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Yannick : Ma renaissance après un burnout

27 janvier 2017 / Ils l'on fait
Yannick : Ma renaissance après un burnout

Une enfance rurale

La motivation et l’épanouissement, s’installent lorsque l’on trouve un sens à son travail, lorsque celui-ci répond à ses valeurs et attentes. La motivation est donc indispensable. Pas mal de personnes tombent malades quand elles sentent qu’elles ne sont pas à leur place.
Je suis issu d’un milieu auquel les médias n’accordent pas énormément de temps d’antenne : le milieu rural. Il est vrai que la pudeur qui caractérise notre catégorie sociale fait que l’on est pas du genre à crier sur les toits notre désarroi ou notre mal être… 

J’ai grandi dans une un environnement où on vous qualifiez de fainéant (voire de bon à rien) dès que vous restiez assis plus de 5 minutes. Lorsque j’ai eu l’âge de travailler, c’est-à-dire vers mes 7 ou 8 ans, j’ai aidé mes parents dans le restaurant familial. Nos vacances scolaires, mes frères et moi, nous les passions à faire la plonge midi et soir et à dresser les tables pour les clients.

Durant mes rares moments de détente, j’aimais m’évader seul avec mon ballon de foot essayant de battre le record de jongles ou tentant de reproduire un coup franc marqué la veille par un dénommé Platini. Le sport a ainsi toujours été ma soupape de décompression.

Mes premiers pas dans la vie d’adulte

Après avoir été un bon soldat à la maison, je suis rentré à l’armée comme gendarme auxiliaire pour une éventuelle carrière. Je me suis aperçu très tôt que l’armée avait beaucoup trop de points commun avec la maison pour envisager mon avenir chez eux. De toute façon, même si j’avais voulu y rester, je crois que mon côté fêtard et mes 40 jours de trou n’auraient pas joué en ma faveur… Une fois l’armée terminée, je suis revenu au bercail avec la ferme intention de ne pas y croupir.

J’ai donc suivi ma petite amie de l’époque pour m’éloigner du stress et de l’agitation des cuisines du restaurant familial. L’éducation autoritaire de mon père a eu raison de mon premier amour. Je suis donc parti à la recherche d’un appart pour surtout ne pas revenir dans ma campagne. Une fois ma garçonnière trouvée, il fallait chercher un travail pour payer le loyer. J’ai multiplié les jobs dans le domaine que je connaissais le mieux, en l’occurrence, la restauration. Serveur le jour, Barman la nuit dans un pub à bière, que du bonheur.

Dès que ma crise d’ado fut terminée, c’est-à-dire vers mes 27 ans, nous avons décidé ma chérie et moi d’enfanter. À bien y réfléchir c’est la meilleure décision que j’ai jamais prise. En effet, plus je regarde mes gamins, sages, calmes, intelligents, plus je me dis que ce n’est pas moi le père, la vie réserve parfois de belles surprises.

Bienvenue dans ma prison dorée

Pour permettre à nos enfants de grandir dans un environnement sain, nous avons déménagé pour vivre à côté du bassin d’Arcachon. Qui dit déménagement, dit nouveau job. N’ayant pas de diplômes, il a fallu que je redémarre à zéro, j’ai donc accepté la première mission d’intérim venue, manutentionnaire dans une scierie. Ce fut un choc, je me souviens encore du premier jour ou plutôt de la première nuit, car j’ai commencé ma mission de nuit. J’avais qu’une seule envie, rebrousser chemin et disparaitre au plus vite.

Mais les mots de mes parents résonnaient dans ma tête : « on ne fait pas toujours c’qu’on veut dans la vie, tu crois que c’était facile pour nous, il faut bosser même si on n’aime pas ce qu’on fait. On n’est pas des fainéants dans la famille ». Ces paroles ont fait de moi quelqu’un d’assujetti, d’aigri, reproduisant le schéma de ses parents, être esclave de son travail. Evidemment, ayant toujours vécu ma vie par procuration, je n’ai pas fait demi-tour et cela fait bientôt 18 ans que je travaille dans cette usine de fabrication de palettes. 18 ans à vivre cette violence symbolique, qui selon Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, « s’exerce avec le consentement implicite des dominés, car ceux-ci ne disposent, pour penser cette domination, que des catégories de pensée des dominants. »

Comme beaucoup de mes collègues, je ne compte pas mes heures. Pour ma part je le fais dans un but bien précis, gravir les échelons et donner du sens à ce travail. Aujourd’hui, c’est chose faite, je fais partie de l’encadrement, je devrais être fier et pourtant…

Cela fait bientôt deux ans que j’ai accepté d’endosser ces nouvelles responsabilités, mais mon parcours scolaire chaotique et mon éducation ne jouent pas en ma faveur. Pour essayer de combler mes lacunes, une fois rentré à la maison, je passe des heures sur internet à me former aux logiciels de traitement de texte. En parallèle je dois apprendre et maitriser au plus vite les procédures liées à la qualité des produits afin de bien respecter le cahier des charges clients, préparer les audits, contrôler les chargements, gérer le stock, etc.

Tout ceci ne serait rien, si je n’avais pas ce syndrome de l’imposteur. Ce syndrome fréquent se dévoile souvent chez les autodidactes non diplômés. Les personnes qui sont dans cette situation ne se sentent pas dignes de ce qui leur a été confié ou de ce qu’ils ont obtenu. Pour ma part cela se caractérisait par cette impression de devoir démontrer chaque matin que je méritais mon poste.

Jusqu’au burnout…

Le burnout n’est pas quelque chose que l’on prévoie. On est souvent dans le déni, on se donne à fond dans son travail, on ressent les symptômes : perte de mémoire, de concentration, mauvais sommeil, on a l’impression que cela vient de nous, que l’on n’est pas assez performant. À tout cela vient s’ajouter le manque de reconnaissance de sa hiérarchie, un sentiment d’injustice et les dégâts que cela occasionne dans le cercle familial. Dans mon cas, cela se traduisait par de l’agressivité dans les mots, aucune disponibilité pour ma famille et une très grosse fatigue. Je ne vivais que pour le travail avec cette petite voix qui me disait « tu dois y arriver, tu dois y arriver…»

J’ai tenu à partager mon histoire pour alerter les personnes qui se reconnaitraient dans les différents symptômes cités plus haut mais aussi pour sensibiliser celles qui se disent : « Ça ne m’arrivera jamais, cela n’arrive qu’aux gens faibles de caractère ».

En réalité, il n’existe pas de profil type prédestiné au burnout. On ne compte plus de nos jours le nombre d’infirmières, de médecins, de cadres, de chefs d’entreprises épuisés professionnellement sans compter ceux qui ne veulent pas le reconnaitre.

Et puis ce jour arriva, un entretien avec ma direction générale, le manque de considération, la surcharge de travail et le mot de trop somme tout banal ont eu raison de moi. J’ai tiré ma révérence, rideau !

Cela fait maintenant 8 mois que mon médecin m’a diagnostiqué un burnout. Aujourd’hui, je remercie ma femme, car sans elle, je ne serais même pas allé chez le médecin. Les conséquences pour ma famille et pour moi auraient été désastreuses. Perte d’emploi pour abandon de poste, perte des indemnités de licenciement, pas de suivi thérapeutique, bref la descente aux enfers.

Cela faisait 18 ans que j’étais dans cette entreprise et autant d’années à me murmurer, « mais qu’est-ce que tu fous là ? » sans pour autant reconnaitre que ce job n’était pas fait pour moi. Il a fallu ce tout petit rien pour que la machine s’enraye et dise stop. Il s’en est suivi une dépression et cette phrase pour principale amie : « t’es vraiment qu’un minable ! » avec, le sentiment d’avoir failli à mon devoir de chef de famille parce qu’aspiré dans la spirale du burnout.

Ma renaissance grâce à la thérapie et au développement personnel

Je suis resté plus de 5 mois dans mon canapé tel une loque avec ce sentiment de culpabilité, altérant l’image du père solide, dynamique et sûr de lui que j’ai toujours donné à mes enfants, se relevant à chaque mauvais coup de la vie.

Cette période difficile permet de se recentrer, de se retrouver, surtout quand cela fait des années que l’on joue un rôle. Petit à petit je m’autorise à sortir de chez moi, à voir un peu de monde sans trop me sentir coupable. Grâce à la thérapie, et au programme de développement personnel que j’ai suivi, j’ai pu rebondir et je ressens peu à peu ces vibrations au fond de moi, une plus grande estime de moi et par ricochet la confiance en moi et dans les autres commence à s’installer à nouveau. J’apprends à m’aimer tel que je suis, à accepter de ne pas être parfait, à relativiser.

Aujourd’hui, j’accueille ce burnout comme un privilège. Certes cela restera, sans aucun doute une des périodes les plus difficiles de ma vie mais, avec le recul, je considère cet évènement comme une véritable chance. Je vis enfin ma vie, pas celle de mes parents, d’un patron ou de je ne sais.

J’ai désormais la ferme intention de ne plus laisser à d’autres le soin de définir qui je suis et ce que je dois être en tant que personne. Goodbye Comfort Zone !

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Je m'appelle Yanick, j'ai bientôt 50 ans. Après un burn-out et un gros travail sur moi, j'ai décidé d'opter pour une vie qui me corresponde et pas d’une vie qui corresponde aux autres. J'ai créer le blog Comment Vivre Épanoui pour partager ma nouvelle aventure et mes apprentissages dans le développement personnel.

1 Comment

  1. Raphael DIAZ Author janvier 28, 2017 (6:31 )

    BOnjour,
    J’aime beaucoup ton texte. J’ai eu un burn out également et je comprends très bien ce que tu as ressenti particulièrement quand tu parles de « Tu dois y arriver sinon tu es un incapable. »
    Je m’appelle Raphael DIAZ. Je ne fais pas partie d’un milieu rurale mais j’étais aussi très ambitieux. un poste sur mesure sans objectif précis. UN chef mécontent qui veut toujours plus de clients et des commerciaux que je dois manager sans jamais avoir était commercial moi même. Un soir 2h du mat blocage thoracique. Un ami à moi présent appelle les urgences et je me retrouve avec le samu qui m’amène et me donne des relaxants pour me calmer.
    J’avais toujours pensé que pour moi rien n’est impossible. Cependant quand on est le mouton dans la louverie, que tous dans l’entreprise réfléchisse argent quand moi je pense humain au bout d’un moment… Ca craque.
    Voilà mon retour maintenant je suis moi même coach et formateur et j’adore mon métier.
    Au plaisir d’échanger avec toi Hanine

    Reply to Raphael DIAZ

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