La vie est un jeu aux possibilités infinies

Virginie : ma quête du sens de la vie entre Paris, Barcelone et Prague

1 avril 2017 / Ils l'on fait
Virginie : ma quête du sens de la vie entre Paris, Barcelone et Prague

À 21ans, j’avais un fiancé avec qui j’étais depuis l’âge de 15 ans, un appartement qui m’appartenait grâce à un crédit immobilier et je finissais de brillantes études en Économie en me spécialisant dans un Master en Management des Ressources Humaines. J’étais heureuse. On peut dire que tout allait pour le mieux pour moi.

À l‘époque, j’avais même fait mon stage à la SNCF, ce qui était le comble de la réussite ! En tant que stagiaire, je percevais un salaire et j’avais une carte de transport pour prendre le train de façon illimitée en première classe, ce qui me permettait de voyager entre Paris et ma Normandie natale. La vie me souriait et je souriais à la vie.

Pourtant, ça n’allait pas, je me sentais déjà « vieille » et coincée dans une vie mondaine sans même avoir vécue ma jeunesse. J’avais toujours cette petite voix en moi qui me disais que je passais à côté de quelque chose de grand. J’avais peur de rater ma vie, de manquer une expérience enrichissante dont je me souviendrais, le sourire aux lèvres, jusqu’à mes vieux jours.  Pour moi, la seule option était de partir faire mes preuves ailleurs. De voir si l’herbe y était plus verte et plus fraîche.

Probablement influencée par le succès de L’auberge Espagnole, je me suis mise bille en tête de vivre en Espagne. J’avais moi aussi envie de découvrir les joies et les galères de la colocation. Je voulais rencontrer de nouvelles personnes, manger les plats de colocataires venues des quatre coins d’Europe et embrasser une nouvelle culture (au sens propre comme au figuré). Mais j’étais en couple et très sérieuse !

Puis un jour, alors que ma relation sentimentale en France prenait fin, je suis allée rendre visite à un ami à Barcelone. Je suis littéralement tombée amoureuse de la ville. Ce qui était un séjour touristique de quelques jours s’est transformé en opportunité de futur. Je me suis dit « Je reste ! ». Et c’est ce que j’ai fait, je suis restée.

Mes premiers pas d’immigrée

Je suis arrivée sur le sol ibérique sans parler ni espagnole, ni anglais. Pourtant, je ne me posais pas trop de questions quant à l’avenir, ni à la recherche d’un travail, je croyais tout simplement en ma bonne étoile.

C’est en y croyant que les choses arrivent. Pour preuve, ça ne m’a pas pris longtemps à retrouver un travail. J’ai été recrutée par une entreprise américaine, friande de jeunes diplômés prêts à immigrer au soleil. À ce moment, je faisais partie de ces jeunes étrangers venus « découvrir la vie » contre un contrat indéfini et un salaire régulier (bien qu’il soit trois fois inférieur à celui que je touchais en France). J’étais jeune, j’avais un boulot, certes peu intéressant, mais payé tous les mois et j’habitais à Barcelone. Chaque jour, me paraissait une nouvelle aventure. En sortant du travail, j’allais me balader sur la plage ou, j’allais manger des tapas avec des amis rencontrés lors des soirées.

Durant un peu plus d’un an, j’ai vécu le rêve Barcelonais : la plage, les rencontres, la fête et un peu d’insouciance. J’ai aimé cette vie plus pétillante que celle que j’avais en France. J’ai profité de l’ambiance festive et des connaissances que je me suis faite pour apprendre à parler anglais et espagnol.  Toutefois, je me suis assez vite rendue compte que mes ambitions professionnelles étaient plafonnées dans l’entreprise où je bossais, mais également sur le marché du travail barcelonais.  En arrivant en Espagne, j’avais accepté de reprendre tout à zéro et j’avais pris un premier poste bien en dessous de mes compétences. Ce job m’a permis d’arriver tranquillement, sans prises de têtes et de m’intégrer tout en apprenant les langues étrangères. Mais, à présent, un an avait passé, je maîtrisais bien mieux les langues et j’aspirais à autre chose que faire la fête toute ma vie.

Des doutes et une remise en question m’ont fait partir vers de nouveaux horizons

En pleins questionnement sur le sens à donner à ma vie, j’ai fait la rencontre d’un nouveau collègue. Lui venait de République-Tchèque, où il avait travaillé sur un logiciel spécialisé en RH très réputé sur le marché. Nous nous sommes retrouvés à travailler sur un projet commun et nous finissions souvent tard le soir. Nous profitions de ce temps d’échange professionnel pour discuter de nos expériences respectives et c’est en lui faisant part de mes doutes sur mon avenir professionnel et ses débouchés qu’il m’a suggéré de postuler dans l’entreprise où il travaillait à Prague. Néanmoins, il m’a bien avisé de ne pas commettre la même erreur que lui et de négocier mon salaire d’embauche.

Sur ses conseils, j’ai postulé dans l’entreprise où lui-même m’a recommandé. Officiellement, je me spécialisais sur un logiciel très en vogue en RH dans les multinationales. Officieusement, je laissais la fête derrière moi et mes relations amoureuses compliquées.

L’entreprise, dont le siège européen était basé à Paris et qui se délocalisait en République-Tchèque a été ravie de recevoir ma candidature spontanée. J’avais tous les arguments pour faire le nouveau superviseur de l’équipe française à Prague : l’expérience, la connaissance et les langues. J’ai été prise immédiatement.

L’entreprise recherchait de jeunes français prêt à « s’expatrier » pour pas cher et moi je recherchais une nouvelle à page à écrire dans l’histoire de ma vie.

Vivre à l’étranger est toujours une expérience enrichissante, je le recommande vivement. J’y ai appris beaucoup, sur moi-même et sur les autres. Finalement, nous ne sommes pas vraiment différents les uns des autres.

L’important n’est pas où l’on part mais avec qui l’on part

Je venais de m’embarquer dans une nouvelle aventure, pensant avoir laissé derrière moi Barcelone et mes amours embrouillés. C’était sans compter sur la ténacité de mon compagnon de l’époque qui a tout fait pour venir avec moi. Ce n’est donc pas seule (comme prévu) que je suis partie en République-Tchèque, mais à deux.

Ce qui pourrait paraître un détail n’en était pas un car j’avais négocié un bon salaire pour une personne seule dans la capitale de bohème, mais pas pour un couple ! Je me suis retrouvée avec des dépenses dépassants largement mes revenus et j’étais incapable d’y faire face avec mon salaire local. C’est donc assez vite que j’ai pensé  mettre une date limite à cette expérience. Je me suis fixée d’y rester un an pour me spécialiser sur le fameux logiciel et je cogitais pour un plan futur.

Avec des hauts et des bas, mon expérience à Prague m’a remis sur les rails de l’employabilité. Forte d’un bagage culturel, professionnel et linguistique, j’avais désormais un CV qualifié de « sexy » sur le marché du travail un peu partout à l’étranger. J’ai donc décidé de repartir tenter ma chance en Espagne, visant désormais un poste à mon envergure.

J’avais remonté l’échelle sociale, échelon par échelon

De retour à Barcelone, j’ai repris mes marques et j’ai travaillé mon réseau social. Ça m’a pris un an de plus pour être embauché par le client que je gérais en République-Tchèque. Avec tous les atouts de ma candidature, je me suis vue offrir un poste de management d’une équipe européenne qui gérait les paies de tous les pays d’Europe à distance depuis Barcelone. J’avais quinze personnes de 12 nationalités qui me questionnaient chaque jour en trois langues différentes. J’étais fière de moi et de ma progression. J’avais tout quitté en France pour immigrer à l’étranger et enfin, le pari s’annonçait payant pour moi.  Je vivais dans la ville de mes rêves, j’avais un bon emploi, bien payé, que j’aimais et qui me donnait de la notoriété. Entre temps, ma relation amoureuse avait pris fin et je m’étais grandement récupérée économiquement.

Mon boulot me plaisait, j’étais à l’aise, je connaissais le job et j’avais acquis des facilités relationnelles en voyageant. La vie allait plutôt bien. Bien sûr, pour survivre psychologiquement, j’essayais au maximum de faire  abstraction du management toxique des multinationales. Mais en 2012, l’annonce est venue comme un couperet: « RÉDUCTION BUDGÉTAIRE », « ACTIONNAIRES ». Un émissaire venu des États-Unis nous a expliqué les nouvelles directives de l’entreprise et cela incluait mon poste ! C’était le choc pour moi. Du jour au lendemain, je perdais tous mes repères et surtout ma sécurité financière. J’ai été d’abord très en colère puis dans un esprit de revanche, j’ai cherché à combattre tant bien que mal. C’était peine perdue, la loi Espagnole ne protégeant pas vraiment les employés, je n’avais d’autres choix que d’accepter mon sort.

C’était le retour à la case départ. Tous ces efforts que j’avais faits pour retrouver une stature sociale et un équilibre financier s’écroulaient en l’espace de quelques jours. Ce n’était pas le sourire et les encouragements de mon collègue des Ressources Humaines qui me répétait « tu vas pouvoir voyager » qui me remontait le moral.

Le temps d’un licenciement

Blasée et sans autres options, j’ai pris le chèque qui allait avec le plan économique. Puis j’ai regardé l’autre côté des choses, j’ai cherché le positif de la situation et j’ai commencé à vivre. J’ai profité d’une période de chômage pour me construire une vie sociale en dehors du travail et participer activement à la vie associative de Barcelone. J’ai rejoint une association de femmes avec laquelle j’ai découvert des activités de développement personnel multiples et variées telles que la danse orientale comme moyen d’expression, le mindfulness et surtout, la « GESTALT ».  Cela a été la révélation. Je m’épanouissais, je rencontrais des personnes de tous âges et tous les milieux sociaux et je découvrais avec plaisirs le monde des thérapies humanistes et naturelles.

La Gestalt fait partie de la famille des thérapies psychocorporelles mais utilise souvent le jeu, la mise en scène des difficultés. Cet aspect ludique permet de comprendre l’origine de nos difficultés et d’expérimenter des pistes de solutions nouvelles.

Lors d’un atelier dans l’association où je participais, une thérapeute Gestalt est venue nous donner un aperçu de son travail et de la thérapie Gestalt. À la fin de la journée, elle me dit « tu as un truc qui ne s’explique pas, on dirait que tu es faite pour ça ». J’étais super flattée et heureuse. J’avais un talent que je ne soupçonnais pas. Cela a été un premier déclic.

Je l’ai contactée personnellement pour avoir les coordonnées de l’institut où elle avait étudié. Elle m’a fait une recommandation  et j’ai eu un entretien avec le directeur.

Je me voyais réorienter complètement ma carrière quand, coup du destin ou leçon de l’univers, au même moment, j’ai été contactée par un chasseur de tête pour me placer sur un poste de responsable Ressources Humaines.

barcelone

Mon rêve de salariée

C’était incroyable, j’avais décroché le poste de mes rêves sans même le vouloir. Il m’était offert sur un plateau et je n’avais rien à faire mis à part signer le contrat. Tout était ce que j’avais toujours rêvé : une start-up avec tout à construire depuis le début. Il fallait travailler dure et beaucoup pour bâtir des relations solides et avancer sur les projets de boulot en parallèle. Je me couchais à 2 heures du matin après des dîners avec les directeurs des différents sites et je me levais à 6 heures pour achever les tâches plus administratives. Ma vie était un film hollywoodien en version catalane. Je courais d’un avion à un autre, le téléphone collé à l’oreille et les dossiers de réunions sous le bras. J’aimais cette agitation et la rapidité d’action que cela requérait.  Tout ceci était presque parfait, mais cette vie ne me permettait pas d’avoir une autre activité que mon travail. J’étais une work-addict …

Malgré cela, la tension sous-jacente avec ma chef se faisait sentir. Elle faisait du travail une compétition permanente entre elle et moi. Ce qui me mettait à la fois mal à l’aise et en position de concurrence. Cette relation était toxique et me minait le moral. Je ne voulais pas me l’admettre et je préférais faire l’autruche, mais mon corps somatisait et je suis tombée malade. Elle a profité de ce « moment de faiblesse » pour me licencier (ce qui est permis en Espagne). Cette fois-ci, je n’avais plus envie de me battre. Je voulais juste que la transaction soit rapide.

De nouveau, j’ai pris le chèque de sortie, mais j’ai commencé à avoir de sérieux doutes sur mon envie d’être salarié et de travailler pour les autres.

Etait-ce cela la vie de travailleuse ? Bosse et tais-toi et en passant, fais le boulot pour les autres sans considération ?

Ma vie a (re)commencé

C’est vrai, j’étais de nouveau au chômage. Mais cette fois-ci, je n’étais pas vraiment prise au dépourvu. Le licenciement était presque devenu ma zone de confort. Loin de m’apitoyer sur ce sort, j’ai décidé de vivre autrement.

J’ai repris contact avec l’institut de Gestalt et je me suis engagée dans la formation.

Cela fait maintenant trois ans que je suis des cours pour me former au métier de thérapeute Gestalt en Espagne. En parallèle, j’ai suivi des cours de kinésiologie qui me permettent de travailler comme thérapeute, d’écouter les gens autour de moi et les aider à trouver une solution aux problèmes de leur vie.

De coach d’entreprise, je suis passée à coach de vie.


À propos de Virginie

Ex cadre en Ressources Humaines passionnée de psychologie et des relations humaines, Virginie est actuellement en formation pour devenir Thérapeute Gestalt et rédige son blog depuis Barcelone où elle habite.

Le blog Moi & Les Autres a pour objectif d’aider ses lecteurs à mieux percer les secrets de la psychologie afin de mieux se connaître pour partager des relations saines et harmonieuses avec les autres, savoir aimer et être aimé(e), et vivre une vie de façon satisfaisante et équilibrée.

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Ma vie est un laboratoire. J’ai décidé de sortir de ma zone de confort et de partir à la recherche des meilleures ressources et stratégies en matière de réussite et d’accomplissement de soi. Je partage avec vous ici mes challenges, expériences et humbles conseils.

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